La Soie

La soie tient une place importante dans l’économie chinoise et ce depuis plusieurs centaines d’années. Comment produire ce tissu, lisse, luxueux, capable de maintenir la chaleur en hiver, d’être frais en été, fut le secret le plus soigneusement gardé au monde.  La célèbre ‘Route de la Soie’  a ouvert le commerce de l'Asie vers l’Europe, elle a été construite au prix d’innombrables vies afin d’exporter ce tissu fortement apprécié par les acheteurs Indous, du Moyen Orient et Européens. Cet itinéraire célèbre a servi plus tard de passage pour le commerce et a aidé à propager des influences culturelles dans les deux directions.

Origines

La production de la soie, appelée la sériciculture, remonte à 30 siècles avant Jésus-Christ,  sous le règne de Huang Di, l’Empereur Jaune.  Beaucoup de légendes autour de sa découverte existent, notamment  celle d'une fille et de son père possédant un cheval magique. Le père parti pour ses affaires mis beaucoup de temps à rentrer, la fille inquiète  promis sa main en mariage au cheval s’il  pouvait retrouver son père. Lorsque le père est revenu, il a été choqué par la promesse de sa fille, il a interdit le mariage et tué le cheval magique. La peau du cheval s'est envolée emmenant la fille dans le ciel.  Elle s’est retrouvée par la suite sur un arbre où elle est devenue un ver à soie fabriquant les longs fils de soie qui ont représentés sa tristesse. Une histoire plus crédible de l'origine de la soie raconte que des femmes cueillirent un étrange fruit blanc mais trop dur à manger. Les femmes ont bouilli le fruit pour voir si cela le rendrait comestible, comme ce ne fut pas le cas, elles perdirent patience et bâtèrent le fruit avec des bâtons et virent apparaître les cocons de ver à soie selon cette légende.

Plus répandue est la croyance que l'épouse de l'empereur jaune, Madame Shi-Ling-Shih, introduisit quelque chose à l’arrière du ver à soie et inventa le métier à tisser. On lui donne le titre de Déesse de la Soie. De son époque, environ 3000 avant JC, rubans, fils et fragments tissés ont été excavés par des archéologues dans la province de Zhejiang, prouvant que la soie existait depuis bien longtemps en Chine. Une découverte  archéologique plus récente - une petite tasse d'ivoire relatant la conception d'un ver à soie, supposée avoir entre 6000 et 7000 ans et d'autres objets façonnés comprenant du fil, des outils et du tissu en soie ont été trouvé au sud du fleuve Yangtze montrent que la production de la soie serait beaucoup plus ancienne que supposé précédemment.

Le secret le plus soigneusement gardé du monde

Pendant des milliers d'années la production de la soie a été gardée secrète, quiconque aurait osé révéler les secrets qui entourent sa fabrication mettait sa vie en péril. Les gens dans l'ensemble de la Chine connaissaient ce secret, mais s'ils révélaient quoi que se soit à un étranger ou passaient des œufs ou des cocons en contrebande hors du pays ils auraient payé leur indiscrétion de leur vie.

Un seul papillon peut produire des fils de soie plus lisses, plus parfaits et plus ronds que beaucoup d’autres sortes de vers à soie, le  Bombyx mori.  Cette espèce de papillon a  probablement évolué au fil des ans, venant de l’espèce sauvage Bombyx mandarina Moore, un papillon à soie unique en Chine qui s’alimente sur le murier blanc. Son descendant, le Bombyx mori, a évolué pendant des milliers d'années d'expérimentation de sériciculture chinoise pour ne produire que de la soie,  il a perdu sa capacité de voler et de voir et est seulement capable de s’accoupler et de produire des œufs.

bombyx mori moth

Bombyx mandarina moth

Pour produire la soie, les sériciculteurs doivent empêcher les cocons d’éclore et perfectionner le régime donné au vers à soie. Les Chinois développèrent des méthodes secrètes pour atteindre ces buts. Le procédé de production exige une attention particulière et constante. Dans chaque province productrice de soie en Chine, toutes les femmes d’une même famille passent de nombreux jours à se soucier des vers à soie et filent la fibre pendant six mois par an.

Les œufs des vers à soie doivent être maintenus à 33 degrés Celsius et monter graduellement jusqu'à 40 degrés quand ils sont prêts à éclore. Les jeunes vers sont alimentés de feuilles fraîches de murier, coupées et triées à la main, toute les demi-heures, jour et nuit, jusqu'à ce qu'ils grossissent  suffisamment.

Des milliers de vers  sont placés  sur des plateaux, empilés les uns sur les autres. Tout au long de cette étape de croissance, la température doit être constante et les vers doivent être protégés contre des odeurs fortes telles que celle du poisson, de la viande et de la sueur. Après une moyenne de 25 à 28 jours, les vers sont assez grands pour fabriquer les cocons. Ils produisent une substance gélatineuse dans leurs glandes qui durcit au contact de l'air et qui devient le cocon, durée de confection 3-4 jours. Les cocons sont  ensuite maintenus dans un endroit chaud et sec pendant huit ou neuf jours. Lorsque la chrysalide est formée ils sont passés à la vapeur pour détruire les vers. Les cocons sont ensuite plongés dans de l'eau chaude pour détacher les filaments, ceux-ci seront enroulés sur une bobine. Les cocons sont tissés extrêmement serré ; dénouer un simple d'entre eux produit un filament en soie qui peut atteindre  600 à 1.000 mètres de long !

Cinq à huit de ces filaments incroyablement minces sont roulés ensemble pour former un fil. Deux ouvriers sont nécessaires pour cette étape de production et transformer la soie brute en fil. Ensuite les fils sont teints et tissés et servent  pour la fabrication de tissus et pour la broderie.
En Chine, rouler la soie et la tourner en fil étaient le travail ordinaire des femmes,  le tissage et le travail de broderie étaient exécutés tant à la maison que dans des ateliers extérieurs.
Pour réaliser une cravate pour homme  111 cocons sont utilisés, pour fabriqué un chemisier pour dame, 630 cocons sont nécessaires.

Diffusion de la soie en Chine

Lorsque la soie fut découverte, elle fut employée exclusivement par la cour impériale, son  cercle de famille et les hauts dignitaires. L'empereur portait de longues robes en soie blanche dans son palais, en dehors, le jaune, couleur de la terre, était porté par tous les membres de la famille impériale.

Avec le temps, la soie fut utilisée de manière générale pour l'habillement et les décorations mais également pour l'usage industriel. Elle a été employée pour  fabriquer les cordes, les lignes de pêche, et aussi pour le papier de luxe. Pendant la dynastie Han, la soie est devenue une valeur, les Chinois ont commencé à l'employer comme devise. Elle a été employée pour payer les impôts, les fonctionnaires et les personnes en récompense de leurs services. Les prix étaient calculés par des ‘longueurs de soie’ et cette pratique a continué jusqu’à la dynastie Tang, ayant pour résultat une augmentation importante de la production de la soie.

Exportation de la soie

C’est autour de 200 avant JC  que débuta la production  de soie extérieure à la Chine. Les immigrés Chinois qui arrivèrent en Corée emportèrent avec eux les secrets de fabrication de la soie.  Les secrets de la sériciculture atteignirent également l'Inde peu de temps après 300 après JC. L'histoire chinoise raconte qu’une princesse chinoise, en l’an 440, passa en contrebande, des œufs dans sa perruque après son mariage avec un prince de Khotan (aujourd'hui Hetian). Le prince,  garda le secret pour lui et ne dévoila pas la sériciculture aux occidentaux par crainte de nuire au marché. En 550, deux moines sont apparus à la cour de l'empereur byzantin, des œufs cachés dans leurs lattes de bambou creuses. Les moines surveillèrent  les œufs pendant l’éclosion et observèrent les cocons fabriqués par les vers… le business de la soie byzantine était né. L'église et l'état gardèrent le secret de la production pour eux-mêmes et créèrent une industrie qui rivalisa avec la soie chinoise. Les acheteurs du Moyen Orient et d’Europe  désirant une soie de haute qualité se sont toujours tournés vers la Chine.
Au 6ème siècle, les Persans commencèrent à maîtriser cet  art et développèrent leurs propres modèles et techniques. C’est seulement au 13ème siècle, à l'époque des croisades, que l'Italie commença à en produire, lorsqu’ elle ramena des tisserands habiles  de Constantinople. Par la suite, beaucoup d'endroits en Europe en produisirent, ce tissu reste encore aujourd'hui une matière luxueuse.

Le commerce de la soie et la route de la soie

La découverte près de Louxor (anciennement Thèbes) d'une momie égyptienne habillée de soie datant de  1070 avant JC montre que ce matériau existait déjà avant l'ouverture de la fameuse Route de la Soie au deuxième siècle avant JC.

À l'origine, les Chinois en faisaient le commerce au sein de l'empire, mais les caravanes transportant des tissus vers les provinces  éloignées ont souvent été attaquées par de petites tribus asiatiques centrales. Afin de protéger ces caravanes, la dynastie Han étendit ses défenses militaires en Asie centrale de 135 à 90 avant JC. Chan Ch'ien, premier voyageur chinois à avoir eu des contacts avec ces tribus asiatiques centrales, proposa plus tard l'idée d'étendre le commerce de la soie pour inclure ces tribus asiatiques centrales et forger des alliances avec ces nomades.  C'était le commencement de la Route de la Soie.
L'itinéraire s'est développé avec l'ascension de l'Empire Romain car les Chinois donnaient de la soie aux gouvernements romano-asiatiques comme cadeaux. L'itinéraire de 11.000 Km traversait la Chine, l'Asie centrale, l'Inde du nord, et les empires parthe (nomades de l’est Iranien) et romain. Il reliait la vallée du fleuve Jaune à la mer méditerranéenne, traversait les villes de Kansu et de Sinkiang  en Chine, mais aussi l'Iran,  l'Irak et la Syrie.
Le nord-ouest de l’Inde, non loin du Gange, a dès le troisième siècle, servi d’intermédiaire pour le commerce de la soie entre  la Chine et la Méditerranée, ils avaient compris que la soie était un produit lucratif. Le rapport commercial entre les Chinois et les Indous se développa avec l'expansion accrue des Han en Asie centrale. Les Chinois voulaient commercer la soie avec les Indous en échange de pierres précieuses, de jade, d'or, et d'argent. A leur tour les Indous ont commercés la soie avec l'empire romain. Ce tissu s'est avérée être une importation chère pour l'empire romain puisque son commerce à travers l’Inde et l'Asie centrale était fortement contrôlé par l'empire Parthe.
Le commerce de la soie augmenta le nombre de négociants étrangers en Chine sous la dynastie Han, exposant les Chinois et les visiteurs à différentes cultures et religions. En fait, le bouddhisme se propagea d'Inde vers la Chine en raison du commerce de la soie et de son itinéraire, tout comme l'Islam se propagea le long des itinéraires trans-sibériens en Afrique occidentale médiévale.
En 1907, une découverte étonnante de l’époque Tang a été faite par Aurel Stein.  L’archéologue déterra des trésors scellés par des moines bouddhistes datant de 1015, dans les cavernes des Mille Buddhas près de Dunhang, une étape le long de la route de la soie dans le nord-ouest de Gansu. Les moines ont probablement craints une invasion par les Tanguts, un peuple tibétain et ont scellés les marchandises pour les conserver. Les marchandises cachées incluaient plus de 10.000 manuscrits et peintures sur soie, bannières et textiles.

Les Grecs et les Romains commencèrent à parler de ‘Seres’ le Royaume de la Soie aux environ du quatrième siècle avant JC. Quelques historiens croient que les premiers Romains à avoir vu de la soie étaient les légions de Marcus Licinius Crassus, gouverneur de la Syrie. On dit que les soldats, combattant à la bataille de Carrhae en 53 avant JC, étaient tellement effrayés par les bannières de soie colorées portées par les troupes Parthes qu'ils s’enfuirent au loin.

Très tôt, la noblesse romaine s’habilla en soie chinoise, et l'empereur romain Heliogabalus (218 – 222 après JC) ne porta rien d’autre. En 380, cependant, Marcellinus Ammianus signala que son utilisation avait atteint « toutes les classes sociales ». La soie de meilleure qualité pouvait coûter l'équivalent du salaire annuel d'un soldat romain, selon quelques sources, la demande des Romains était si grande qu'elle porta préjudice à l'économie romaine. A un moment, il était interdit aux hommes romains d’en porter, selon la loi somptuaire romaine.

Les barbares l’appréciaient également. On a raconté que le matériau les civilisa à un certain point. En 408, le goth Alaric pilla Rome. Sa demande pour épargner la ville était de 5000 livres d'or, de 3000 livres de poivre, de 30.000 livres d'argent et de 4000 tuniques de soie.

En 760, pendant la dynastie Tang, le commerce le long de la route de la soie diminua. Il fut  rétabli sous la dynastie Song aux 11èmes et 12èmes siècles lorsque la Chine est devenue en grande partie dépendante du commerce de la soie. De plus, le commerce repris pendant une période de 1276 à 1368 sous le contrôle mongol sous la dynastie Yuan. Les Chinois échangeaient la soie pour des médicaments, des parfums, des esclaves en plus des pierres précieuses. Le commerce terrestre devenu dangereux, le commerce maritime pris  de l’ampleur, le commerce de la route de la soie pris à nouveau du recul. Bien que les Chinois maintenaient  le commerce de fourrure en soie avec les Russes, vers la fin du quatorzième siècle, commerce et voyage le long de la route avaient  fortement diminués.

Production de la soie aujourd'hui

La production ayant fort reculée pendant la première moitié  du 20ème siècle, la Chine redevint le premier producteur mondial de soie en  augmentant la production vers la fin des années 70. Dans le monde entier, la production de la soie a doublé ces 30 dernières années bien que concurrencée par les  fibres synthétiques. La Chine et le Japon produisent ensemble la moitié de la soie mondiale.


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