Porcelaine chinoise

Définition

En occident, la céramique blanche est composée de terre cuite, de grès et de porcelaine, selon la composition du matériau et de la température à laquelle elle est soumise dans le four. En Chine, seulement deux catégories sont traditionnellement fabriquées, la céramique cuite à haute ou basse température. Dans les dictionnaires chinois les plus anciens, la porcelaine est définie comme poterie fine et compacte. En occident, la définition de la porcelaine est habituellement sa finesse, ce n'est pas le cas en Chine.

Des objets en céramique chinoise sont également classifiés en tant que nordiques ou méridionaux, les matériaux utilisés étant très différents particulièrement par le passé. La Chine actuelle provient de deux blocs qui se sont assemblées lors de la dérive des continents; les 2 blocs se sont joints entre le fleuve Jaune et le fleuve Yangtze. Dans le nord, la céramique était fabriquée avec des argiles, au sud elle était fabriquée la plupart du temps en pierre de porcelaine. Des fours à charbon  étaient utilisés au nord pour produire des feux lents et à haute température appropriée aux produits riches en argile. Dans le sud, ils employaient les fours à bois pour produire des feux plus rapide et à basse température requis pour les produits riches en pierre.

Histoire

Puisqu'en Chine il n'y a aucune définition exacte pour le terme porcelaine, il est difficile de savoir précisément quand les premières porcelaines chinoises ont été produites. Il y avait des objets en porcelaine ou en protoporcelaine, fabriqués avec du kaolin et cuit à température élevée, bien avant l'an 1000 avant Jésus Christ.
 Il n'y a aucune séparation claire entre ces produits de protoporcelaine et de vraie porcelaine, mais des revendications pour la première production de vraie porcelaine ont été faites pour la période Eastern Han (100 à 200 de notre ère), la période des Trois Royaumes (220 à 280), la période des Six Dynasties (220 à 589) et la dynastie Tang (618 à 906).

Des experts pensent que la première vraie porcelaine a été produite dans la province de Zhejiang pendant la période Eastern Han car des restes de matériaux pour la fabriquer (kaolin, pierre de porcelaine) ont été retrouvés aux emplacements des fours de cette époque, ces derniers étant les premiers fours à atteindre des températures de 1260 à 1300 degrés Celsius.

Une des première fois où la porcelaine est apparue dans un récit par un voyageur fut au 8ème ou 9ème siècle, pendant la dynastie Tang, lorsqu’ un Arabe raconta : "ils ont en Chine de l’argile très fin avec lequel ils font des vases qui sont aussi transparents que  le verre, on peut voir de l’eau au travers. Les vases sont faits d'argile". Pendant les périodes Sui et Tang (581 à 906), des séries de céramiques cuites à basse ou haute température ont été produites comprenant les célèbres sancai Tang (glaçures de 3 couleurs), les poteries en céladon de Yue cuits à haute température et les produits de Changsha cuits à basse température.

Au nord de la Chine, les provinces de Henan et de Hebei produisaient des porcelaines translucides cuites à hautes températures. Pendant les dynasties Song et Yuan, la porcelaine produite dans le sud, à Jingdezhen a été fabriquée avec de la pierre écrasée et de la pierre de porcelaine raffinée. Au début du 18ème siècle, le kaolin a été ajouté dans d'égale proportion à la pierre, ce qui a produit une porcelaine très solide et très blanche. La blancheur était une qualité très recherchée, particulièrement pour les pièces bleues et blanches. La porcelaine faite à partir de pierre seule cuit à une température d'environ 1250 degrés Celsius, alors que celle fabriquée à partir d'un mélange de pierre de porcelaine et de kaolin nécessite jusque 1350 degrés Celsius. Les températures dans les grands fours en forme d'oeuf utilisés dans le sud varient considérablement selon l'endroit où les produits sont placés dans le four. Quand les artisans ont commencé à mélanger l'argile et la pierre, ils purent fabriquer des produits dans les différentes parties des fours pour une plus grande efficacité, les articles riches en argile étaient cuits près du foyer, les  articles riches en pierre près de la cheminée où la température était plus basse.

Jingdezhen

Depuis le début de la dynastie Han la ville de Jingdezhen a été un important centre de production de céramique en Chine méridionale. Au début, la région produisait des articles cuits à basse température, mais du temps des dynasties méridionales et nordiques (420 à 589), des matières premières trouvées localement ont été employées pour produire la porcelaine. En l'année 1004, sous l'empereur Song Jingde, la ville de Jingdezhen a été nommée ‘centre de production de la porcelaine impériale’.

Les descriptions détaillées du processus de fabrication pendant la dynastie Qing existent toujours, y compris un mémoire écrit par Tang Ying et des lettres du Père d'Entrecolles. Ce missionnaire jésuite, Père François Xavier d'Entrecolles, était également un espion industriel, bien qu'il l’ait nié. Deux lettres manuscrites donnent des détails importants concernant la fabrication de porcelaine durant les dernières années de règne de l'empereur de Kangxi, période importante dans l'histoire de la céramique chinoise. Dans la première lettre, écrite en 1712, le prêtre a décrit comment la pierre de porcelaine est écrasée, raffinée et formée dans de petites briques blanches appelées "petuntse" ou "baidunzi". Il a également décrit le raffinage du kaolin, la préparation du verre, les étapes de fabrication du verre et la cuisson. Lorsqu’on lui demanda pourquoi il avait fourni de tels détails dans ses lettres vers l'Europe, le Père d'Entrecolles  indiqua que "ma curiosité m'incita à m’intéresser à ce procédé et il m'est apparu qu'une description minutieuse de ce genre de travail pourrait, d'une façon ou d'une autre, être utile en Europe".

Une autre personnalité a documenté les secrets de la porcelaine quelques années plus tard. En 1743, pendant le règne de l'empereur Qianlong, Tang Ting, le surveillant impérial à Jingdezhen a créé un manuscrit intitulé "Vingt illustrations de la fabrication de la porcelaine". Les illustrations originales ont été perdues, mais le texte est encore accessible, des photos remplaçant les illustrations.
Jingdezhen était le centre de production principal de la porcelaine exportée vers l'Europe, le commerce grandissait déjà pendant le règne de l'empereur Wanli de 1572 à 1620.

Principaux articles en porcelaine chinoise

Les porcelaines sancai de l’époque Tang pour monuments funéraires représentaient  des chameaux et des chevaux, moulés puis assemblés. Parfois des morceaux finis avaient des détails ajoutés à la main pour personnaliser les objets. Les pièces sancai étaient faites dans le nord en utilisant la porcelaine blanche et les kaolins, ainsi que des argiles réfractaires. Les argiles utilisées pour les décorations de monuments funéraires étaient semblables à ceux employés par les potiers Tang pour les porcelaines blanches cuites à haute température mais ceux-ci étaient cuits à basse température.

Sancai signifie littéralement “trois-couleurs”, mais les couleurs des vernis employés pour décorer ces articles n'étaient pas limitées. En occident, des pièces de sancai de l’époque Tang s'appellent parfois 'oeuf et épinards' par les revendeurs, car le vert, le jaune et le blanc sont trois couleurs qui étaient généralement utilisées.

Des pièces de Jian, principalement des services à thé, ont été faits à Jianyang dans la province de Fujian et étaient les plus populaires pendant la dynastie Song. Ces articles ont été produits en utilisant les argiles locales riches en fer et cuits dans une atmosphère oxydante à environ 1300 degrés Celsius. L'argile pour vitrifier était semblable à celui utilisé pour le corps, mais il a été mélangé avec des cendres de bois. Le verre fondu est séparé à haute température et produit la texture appelée ‘fourrure de lièvre’, on peut distinguer différentes épaisseurs de verre à la base des objets.  Chaque pièce réalisée est unique. Ces articles ont été cuits par milliers à la fois dans des fours à dragon.

La longueur des fours atteignait généralement 100m, à Jian un tel four dépasse 150 mètres de longueur. Les porcelaines noires de Jian étaient plus qu'attrayantes, très épaisses elles conservaient très bien la chaleur. Un habitant de Fuijan a écrit au 11ème siècle, ‘le thé est de couleur claire et parait meilleur dans des tasses noires. Étant de fabrication plus épaisses elles maintiennent la chaleur, de sorte qu'une fois chauffées elles se refroidissent très lentement. Aucune des tasses produites à d'autres endroits ne peut rivaliser avec ces dernières. Les tasses bleues et blanches ne sont pas employées pour prendre le thé.

Les Japonais appréciaient les bols à thé de Jian et les ont copiés en les appelant temmoku.
 La phase de séparation dans les verres riches en fer des porcelaines noires chinoises était également utilisée pour produire d’autres modèles, y compris pour les effets de tache d’huile, de poussière de thé et de plume de perdrix.

Des articles de Qingbai ont été produits à Jingdezhen et dans beaucoup d'autres fours méridionaux à partir de la dynastie Song jusqu'au début du 14ème siècle. Le verre de Qingbai s'appelle verre de porcelaine,  fabriqué en utilisant la pierre de porcelaine et du fer  appliqué au-dessus d'un corps de porcelaine blanche. Le verre produit une couleur vert-bleue qui lui donne son nom (qingbai signifie vert-bleu en Chinois). 

La plupart des pièces existantes sont des bols pour l'usage quotidien et d'autres plus luxueux. Elles ont souvent la texture du sucre fin, indiquant qu'elles ont été fabriquées en utilisant la pierre de porcelaine écrasée et raffinée  plutôt que de la pierre mélangée au kaolin. Beaucoup de bols étaient cuits à l’envers, avec le bord non vitrifié. Le bord était ensuite fini avec des bandes d'argent, de cuivre et de plomb.

Une porcelaine de Qingbai probablement  la plus célèbre, le vase Fonthill,  a été donnée au pape Benoît XII par le dernier empereur Yuan en 1338. Fabriqué à Jingdezhen et décrit dans un guide de l'abbaye de Fonthill publié en 1823 comme « une bouteille de chine orientale, superbement assemblée, connue pour être le premier spécimen de porcelaine introduite en Europe». L’assemblage était fait d’émaux argentés et a été ajouté au vase en Europe en 1381.  Le vase est la propriété du musée  national d’Irlande.

Les articles de Qingbai n'ont pas captivés les historiens et les antiquaires, vu qu’ils furent produits pour l'usage quotidien. Le vase Fonthill, cependant, amène quelques doutes sur cette opinion, bien qu'il soit vrai que les marchandises aient été produites en série. Les articles bleus et blancs sont, comme les premières porcelaines de Qingbai, vitrifiée en utilisant un verre transparent de porcelaine. La décoration bleue, faite en utilisant l'oxyde de cobalt très finement moulu mélangée avec de l'eau, est peinte sur le corps avant la vitrification. Ce type de porcelaine a été d'abord produit sous la dynastie Tang et on connaît seulement l’existence de trois pièces. Des tessons datant du 8ème et 9ème siècle ont été exhumés à Yangzhou et proviennent de Henan.

En 1957 un bol de l’époque Northern Song de couleur bleue a été retrouvé et en 1970 un petit fragment d'un bol bleu et blanc, datant du 11ème siècle, a été excavé à Zhejiang. Apparue au 14ème siècle, la porcelaine bleue et blanche est devenue le produit principal de Jingdezhen où cela reste un produit important même aujourd'hui.

Faux produits célèbres

Les potiers Chinois ont toujours emprunté des conceptions et des dispositifs à leurs prédécesseurs, cela n'est pas considéré comme fabriqué des faux ou des reproductions. Cependant, beaucoup de falsifications délibérées ont eu lieu pendant la longue histoire de la céramique chinoise, et continue encore aujourd'hui. Le Père d'Entrecolles a indiqué qu'au 18ème siècle à Jingdezhen, des reproductions de céramiques vertes  Longquan de la  dynastie Song étaient fabriquées. Le prêtre a noté que les potiers utilisaient une argile spéciale et cuisaient les articles dans des bouillons de viande, les recuisaient et les stockaient dans les égouts pour leur donner l’apparence ancienne. A Jingdezhen, deux anciens fours à bois produisent des reproductions  des premières céramiques, dans la province de Zhejiang des reproductions des articles de céladon Longquan continuent à être fabriquées dans de grands fours dragon.
Le potier anglais Bernard Leach a été très étonné d’apprendre que ce qu’il croyait être des bols à riz de la dynastie Song vendus pour peu d'argent avant la seconde guerre mondiale, étaient de fabrication récente.

Actuellement, les copies de bols à thé de Jian sont assez réussies pour duper les experts et pour avoir déprécié le marché des originaux dus à leurs grandes quantités. Certaines de ces copies  modernes pourraient avoir des pieds de la dynastie Song, greffées sur des corps nouvellement fabriqués. Beaucoup de faux de la période Kangxi peuvent encore être vus dans les musées aujourd'hui, fabriqués à la fin du 19ème siècle, ils étaient assez bons pour tromper les experts de cette époque. L'amour de l'Europe pour les articles bleus et blancs de la période Kangxi au 19ème siècle a mené à leur production en série à Jingdezhen pour suivre la demande, certains de ces objets sont basés sur le style des premières périodes mais n’étaient pas considérés comme des faux. D’autres portent les marques à quatre caractères du règne de Kangxi qui causent la confusion aujourd’hui. L'authentification de la porcelaine chinoise s’avère difficile, la thermoluminescence permet d’obtenir de bons résultats,  mais implique de prélever un échantillon sur le produit, ce qui peut être risqué. La composition des verres et des matériaux peut être examinée et comparée à d'autres modèles et d'autres techniques comparatives peuvent être utilisées.


web design & development : h2a.lu
//